Tréduder en Bretagne. Un hameau 100 % écolo
Par jerome le vendredi, août 1 2008, 23:34 - Habitat groupé

À Tréduder, six particuliers prouvent qu’on peut construire la maison de ses rêves en respectant l’environnement et sans se ruiner. Leur hameau écolo ressemble à n’importe quel quartier. Sauf que tout y est conçu pour utiliser au mieux les matériaux du cru, être autonome en énergies et ne pas polluer. Les mains plongées dans la terre glaise, Annie Le Bozec prend un évident plaisir à enduire son mur extérieur. Plus qu’un panneau solaire, quelques couches de chaux teintée, et sa maison sera prête. Elle ne lui aura coûté que 40.000 €... et beaucoup d’investissement personnel. Jeune retraitée, Annie s’y est collée toute seule, après deux ans de mûre réflexion. « Je voulais une maison à mon image : pas trop grande, claire, facile à chauffer... Celle-ci est bioclimatique, orientée sud avec un grand vitrage. J’ai fabriqué les briques de terre des murs au rythme de 200 briques par jour, avec la terre issue des fondations. L’hiver, leur masse thermique accumulera la chaleur du poêle le jour pour la restituer la nuit ».
L’eau de pluie et l’électricité d’Éole
L’ossature de la bâtisse ? En bois breton. La couverture ? Les tuiles sont en mélèze, un bois européen imputrescible qui ne craint pas les champignons, et une partie du toit est végétalisée. Les toilettes ? Sèches naturellement, pour ne pas gaspiller d’eau ni rejeter d’effluents.
Ce n’est pas tout. Car le projet d’Annie a convaincu d’autres militants de la cause écolo. La dame a divisé son terrain d’un hectare en six parcelles qui ont toutes trouvé preneur. Ils sont prof, charpentier, infirmière libérale... Âgés de 27 à 58 ans, ils ont aménagé leur temps de travail ou pris une année sabbatique pour penser et bâtir leur maison dans l’esprit « éco-quartier ». « Chacun est indépendant et autonome en citernes de récupération d’eau de pluie. Mais tout le monde a accepté de mettre la main à la poche pour demander le déplacement d’une ligne électrique qui passait au-dessus des maisons, et financer l’achat d’une éolienne commune ». Situés dans une zone d’assainissement collectif, nos « éco-constructeurs » ont été contraints de se raccorder. Pour la forme. Car ils ont opté pour la mise en place d’un bassin commun de phyto-épuration, permettant « d’assumer notre m... jusqu’au bout », affirme Annie. « Les eaux usées des six maisons seront filtrées par des plantes spécifiques, avant d’alimenter une jolie mare aux canards ». Juste à côté des 3.000 m² de terrain collectif destinés, pourquoi pas, à accueillir un potager... bio. Les six familles ont bien conscience d’être parfois regardées comme des bêtes curieuses. « Non, nous ne sommes pas une secte, pas davantage un kolkhoze russe. On se donne des coups de main pour la construction, on se prête le matériel mais dans le quartier, ce sera chacun chez soi ».
Trois à six fois moins cher qu’une maison classique
S’ils fuient les curieux, Annie et ses voisins acceptent avec pédagogie de montrer la voie aux générations futures (*). Récemment, ils ont accueilli un camp de jeunes venus leur prêter main-forte lors d’un séjour thématique dédié à l’éco-construction. « Bâtir de ses mains la maison de ses rêves, c’est une belle aventure accessible à tous. Nos maisons nous reviennent de 200 à 500 €/m² (au lieu de 1.200 à 1.500 €/m² pour une maison classique), elles utilisent les matériaux locaux (la paille vient du champ voisin), respectent l’environnement et sont aussi solides que la pierre ». Il faudra réécrire l’histoire des « Trois petits cochons »... * Les chantiers sont privés, et donc non ouverts au public.
Valérie Cudennec-Riou
Source Le Télégrame.com
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